Les Conversations
Les Conversations de Paul-Marie Coûteaux avec Hervé Juvin n°77 (1ère partie) - Mesurons-nous les effets du basculement du monde ?
Voici trois ans, Hervé Juvin, alors député européen au Parlement européen, prononça devant le Cercle Eleuthéria une conférence sur l’Inde moderne. Je fus frappé par l’extraordinaire curiosité avec laquelle il avait plongé dans ce pays et l’avait appris dans sa profondeur ; plus frappé encore quand je découvris que ce Breton attiré par les grands voyages connaissait tout aussi profondément d’autres pays du monde, la Chine aussi bien que le Mozambique, puis d’autres pays encore, asiatiques ou africains - tout cela aussi bien pour nourrir ses ouvrages d'ordre philosophique (plusieurs sont publiés chez Gallimard sous les auspices de son ami Marcel Gauchet), que pour ses activité de conseil international. Il fréquente ainsi élites et gouvernements, leurs prodiguant des conseils, principalement en matière agricole, toujours inspirés par la connaissance intime des civilisations - "par la peau" comme il aime à dire. Dans cette première conversation, il relate son enfance bretonne, son attrait pour le grand large, ses découvertes : on apprend qu’il ne faut pas traiter avec des dirigeants ou hommes d’affaires chinois comme on traite avec des Indiens, ou des Africains de l’Est, et par-dessus tout, combien de promesses recèle le monde, qui a basculé sous nos yeux, sans que nos contemporains ne s’en rendent compte, dans une distribution entièrement neuve de la puissance politique et économique à travers - de la puissance culturelle aussi, ce qui pourrait bien rebattre les cartes dans les décennies à venir. A coté de cet homme stupéfiant d’érudition et d’ouverture, combien minuscules paraissent nos "élites" europhiles (dont il a vu quelques échantillons au Parlement européen...) qui, enfermés dans la vieille gangue euro-atlantique, ne voient plus le monde et ses rivages neufs - ils ont perdu la "richesse des mondes"...
Les Conversations n°81 de Paul-Marie Coûteaux avec Eric Branca - De Gaulle l’anti-Trump ? Quand la France parlait au monde
Après deux conversations consacrées à son métier de journaliste, puis à deux de ses ouvrages les plus marquants ("Histoire secrète de la droite française" puis "L’ami américain"), ouvrages qui l’imposèrent comme l'un des meilleurs historiens du XXème siècle (voir Conversations n° 73 et n°75), venons-en au monument qu’Eric Branca consacra en 2020 aux relations entre le général De Gaulle et quelques-unes des grandes figures historiques qu’il a rencontrées, qui l‘ont marqué et qu’il a sans doute beaucoup marquées en retour : Franco, le cardinal Roncalli (futur pape Jean XXIII à l’élection duquel il a puissamment contribué), Staline dont il dresse un portrait stupéfiant, Ben Gourion, Nasser (le seul qu’il n’ait pas rencontré physiquement, mais qu’il a influencé de plusieurs façons), ainsi que deux présidents des Etats-Unis, Kennedy et Richard Nixon, qui reconnaîtront ce qu’il doivent à celui qui était alors "la voix de la France" et qui portait une conception, non seulement de la diplomatie française mais aussi des relations entre puissances très éloignée de celle qui prévaut aujourd’hui. L'esprit contemporain ne saisit plus l’époque où la profondeur historique des Etats l’emportait sur les fixations idéologiques - quand, par exemple, le gouvernement de la Libération noua des relations avec Franco, quand ce dernier protégeait obstinément Fidel Castro, quand, en décembre 1944, De Gaulle tient à s’allier avec l’Ogre du Kremlin, quand Nasser faisait pendre les dirigeants communistes au Caire pendant qu’il s’alliait à la Russie soviétique et quand, déjà, Washington poussait contre lui les Frères Musulmans... Il y a dans cette conversation, en filigrane, une leçon de diplomatie classique qui découvre, outre un De Gaulle méconnu, ce que pourrait être une diplomatie française renouvelée, inspiratrice d’un ordre mondial fort éloigné, quant à l’inspiration, aux principes et à la forme, de celui que tente d’imposer l'erratique M. Trump...
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