Passé Présent
Passé-Présent n°284 : Bernard Lugan et Thierry Lentz
Philippe Conrad reçoit Bernard Lugan pour deux de ses ouvrages.
Dans "L'esclavage, l'histoire à l'endroit", sujet suscitant la polémique actuelle, l'africaniste s'appuyant sur des sources irréfutables, rend compte de ce phénomène universel pratiqué par la plupart des civilisations humaines et compare les chiffres relatifs aux traites arabo-musulmane et européenne afin de déconstruire le discours officiel qui s'impose aujourd'hui. Dans "Les guerres du Sahel, des origines à nos jours", Bernard Lugan ouvre les clés de compréhension de ces conflits en les situant sur la longue durée et replace les événements actuels à travers les permanences historiques qui commandent ces régions, notamment les plaies ethniques consécutives à la révolte des peuples de cultures différentes cohabitant sur un même territoire. - L'esclavage, l'histoire à l'endroit - Editions Bernard Lugan - 196 p. - 25 € - Les guerres du Sahel, des origines à nos jours - Editions de l'Afrique réelle - 260 p. - 29 €Dictionnaire Napoléon
Eminent spécialiste du Consulat et du 1er Empire, directeur de la Fondation Napoléon, Thierry Lentz est l'auteur d'une véritable somme sous la forme d'un dictionnaire historique consacré à Napoléon 1er. Trois cents entrées sur les personnalités et les événements de la période jalonnent les mille pages de ce monumental ouvrage. Au cours de son entretien avec Philippe Conrad, Thierry Lentz s'interroge aussi sur la façon dont l'Etat va réagir à la veille du bicentenaire de la mort de l'Empereur ; une petite frange de la population, mais médiatiquement active, le rejetant pour son rôle dans le rétablissement de l'esclavage aux Antilles... après en avoir été le libérateur à Malte et en Egypte. Thierry Lentz - Napoléon, Dictionnaire historique - Perrin - 1000 p. - 29 €Passé-Présent avec Antoine de Lacoste - Le Venezuela, de l'indépendance à la dépendance
Le Venezuela est aujourd’hui souvent présenté comme l’exemple même d’un Etat en faillite : hyperinflation, pénuries, exode massif de la population, tensions politiques permanentes. Mais comment un pays disposant des plus grandes réserves de pétrole au monde a-t-il pu sombrer à ce point en l’espace de quelques décennies ? Pour comprendre la crise vénézuélienne, il faut remonter loin dans le temps. Dès l’indépendance, acquise au début du XIXème siècle sous l’impulsion de Simón Bolívar, le pays connaît une instabilité chronique, alternant guerres civiles, régimes autoritaires et expériences démocratiques fragiles. La découverte du pétrole au début du XXème siècle va bouleverser durablement son destin. Source de richesse immense, l’or noir sera aussi un facteur de dépendance, de corruption et de vulnérabilité stratégique, notamment face aux grandes puissances.
À partir des années 1970, le choc pétrolier transforme le Venezuela en Etat rentier. L’argent coule à flot, mais derrière l’illusion de prospérité s’installent l’endettement, la corruption et une dépendance totale au pétrole. Lorsque les prix s’effondrent dans les années 1980, le système craque. La pauvreté explose, les émeutes se multiplient, et la défiance envers les élites politiques ouvre la voie à une figure qui va profondément marquer l’histoire du pays : Hugo Chávez. Elu en 1998, après une tentative de coup d’Etat ratée, Chávez promet la justice sociale et la souveraineté nationale. Mais très vite, son pouvoir se durcit. Les contre-pouvoirs sont affaiblis, la presse est mise au pas, l’opposition marginalisée, et l’Etat de droit progressivement vidé de sa substance. Sous couvert de révolution bolivarienne, le régime s’oriente vers une démocratie de façade, dominée par un exécutif omnipotent. À sa mort, en 2013, son dauphin désigné, Nicolás Maduro, hérite d’un système autoritaire déjà solidement installé.
Moins charismatique mais plus brutal, Maduro gouverne par la contrainte, s’appuyant sur l’armée, les services de sécurité et un appareil judiciaire inféodé. Elections contestées, parlement neutralisé, répression des manifestations : le régime se maintient au pouvoir tandis que le pays s’enfonce dans une crise économique et humanitaire sans précédent, poussant des millions de Vénézuéliens à l’exil. C’est dans ce contexte d’effondrement interne et de durcissement autoritaire que les ingérences étrangères, et notamment américaines, vont jouer un rôle central dans la déstabilisation - et la survie - du régime.
Pour analyser en profondeur les racines historiques, économiques et géopolitiques de cette crise majeure, et comprendre le rôle joué par les Etats-Unis dans les événements récents, "Passé-Présent" donne la parole à Antoine de Lacoste.
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