Passé Présent

Passé-Présent n°300 : L'amour-haine entre Napoléon 1er et Chateaubriand

Publiée le 30/03/2021
Pour la 300ème émission de Passé-Présent, Philippe Conrad nous propose de tracer le destin croisé entre l'icône littéraire romantique et l'Empereur. Après un long séjour outre-manche et ses premiers succès livresques François-René de Chateaubriand (1768-1848) rencontre Napoléon Bonaparte (1769-1821) lors d'une réception chez le frère de ce dernier : Lucien. Suivront une succession d'épisodes où l'amour-haine entretiendra les deux hommes. L'opposition au régime impérial dénoncé par l'écrivain provoquera une violente réaction de Napoléon qui, néanmoins, tentera une conciliation en faisant élire l'auteur du "Génie du christianisme" à l'Académie française, afin aussi de lui rallier les opposants royalistes. Plus tard, alors que l'empereur vaincu est exilé à l'Ile d'Elbe, Chateaubriand publiera un redoutable pamphlet à son encontre qu'il modérera ensuite ; enfin, devenu ministre des Affaires étrangères sous Louis XVIII quelques mois après la mort de Napoléon, il lui consacrera, cette fois, des lignes dithyrambiques.

Passé-Présent avec Antoine de Lacoste - Le Venezuela, de l'indépendance à la dépendance

Publiée le 21/01/2026

Le Venezuela est aujourd’hui souvent présenté comme l’exemple même d’un Etat en faillite : hyperinflation, pénuries, exode massif de la population, tensions politiques permanentes. Mais comment un pays disposant des plus grandes réserves de pétrole au monde a-t-il pu sombrer à ce point en l’espace de quelques décennies ? Pour comprendre la crise vénézuélienne, il faut remonter loin dans le temps. Dès l’indépendance, acquise au début du XIXème siècle sous l’impulsion de Simón Bolívar, le pays connaît une instabilité chronique, alternant guerres civiles, régimes autoritaires et expériences démocratiques fragiles. La découverte du pétrole au début du XXème siècle va bouleverser durablement son destin. Source de richesse immense, l’or noir sera aussi un facteur de dépendance, de corruption et de vulnérabilité stratégique, notamment face aux grandes puissances.

À partir des années 1970, le choc pétrolier transforme le Venezuela en Etat rentier. L’argent coule à flot, mais derrière l’illusion de prospérité s’installent l’endettement, la corruption et une dépendance totale au pétrole. Lorsque les prix s’effondrent dans les années 1980, le système craque. La pauvreté explose, les émeutes se multiplient, et la défiance envers les élites politiques ouvre la voie à une figure qui va profondément marquer l’histoire du pays : Hugo Chávez. Elu en 1998, après une tentative de coup d’Etat ratée, Chávez promet la justice sociale et la souveraineté nationale. Mais très vite, son pouvoir se durcit. Les contre-pouvoirs sont affaiblis, la presse est mise au pas, l’opposition marginalisée, et l’Etat de droit progressivement vidé de sa substance. Sous couvert de révolution bolivarienne, le régime s’oriente vers une démocratie de façade, dominée par un exécutif omnipotent. À sa mort, en 2013, son dauphin désigné, Nicolás Maduro, hérite d’un système autoritaire déjà solidement installé.

Moins charismatique mais plus brutal, Maduro gouverne par la contrainte, s’appuyant sur l’armée, les services de sécurité et un appareil judiciaire inféodé. Elections contestées, parlement neutralisé, répression des manifestations : le régime se maintient au pouvoir tandis que le pays s’enfonce dans une crise économique et humanitaire sans précédent, poussant des millions de Vénézuéliens à l’exil. C’est dans ce contexte d’effondrement interne et de durcissement autoritaire que les ingérences étrangères, et notamment américaines, vont jouer un rôle central dans la déstabilisation - et la survie - du régime.

Pour analyser en profondeur les racines historiques, économiques et géopolitiques de cette crise majeure, et comprendre le rôle joué par les Etats-Unis dans les événements récents, "Passé-Présent" donne la parole à Antoine de Lacoste.