Les Conversations

Les Conversations avec François Martin : Après l'Ukraine, penser le basculement du monde

Publiée le 02/04/2023

Parce qu’il appartient à une vieille famille française enracinée (il évoque les trois piliers de la France : l’Eglise, le Roi, la Paysannerie, triptyque fondateur dont il dit que la lente destruction fait de nous pour toujours un pays orphelin et malheureux),  François Martin s’est senti assez armé pour se lancer, encore jeune, dans une audacieuse carrière de négoce international. Elle fit de ce diplômé de grandes écoles de commerce un insatiable coureur de monde - c’est, dit-il, son "école de géopolitique". Quelle vie ! Il parcourt l’Europe (avec une prédilection pour l’Espagne et la Russie qu’il décrit comme "les deux gardiens d’une Europe dont la France est le cœur") sillonne le monde arabe, l’Afrique et l’Amérique latine, obéissant à une triple vocation, commerciale mais aussi politique (servir la France est son obsession intérieure, partout mise en œuvre avec une trop rare audace), et par dessus tout intellectuelle : car rien ne lui importe davantage que de comprendre l’univers en allant le voir dans tous ses recoins pour en saisir les tendances lourdes. Ses premiers essais sont refusés pas les éditeurs qui ne voient en lui qu’un commerçant (il n’est certes pas du sérail !) ; mais, sitôt atteinte la retraite, il se signale par sa clairvoyance, souvent prémonitoire, aussi bien dans des sites que des revues (citons au moins "Le Nouveau conservateur"), et par des essais écrits d’une plume alerte : le dernier en date "Ukraine, un basculement du monde" (ed. Jean-Cyril Godefroy) décrit le monde nouveau en train de se reconstruire sous nos yeux, qui souvent ne voient pas grand chose - tant il est vrai que ne voit loin que celui qui voit de loin... 

Conversations inédites avec Alain de Benoist - La Droite française reste à réinventer

Publiée le 13/09/2026

Dans l’été 2016, TVL lançait une nouvelle émission, "Les Conversations", dont le tout premier invité fut Alain de Benoist, esprit encyclopédique et puissant, assez ouvert, tenace et curieux pour fonder une véritable "école de pensée" comme il n’y en a plus guère en France - à droite comme à gauche. Cette "Nouvelle Ecole" fut aussitôt appelée par ses détracteurs la "Nouvelle droite" : Alain de Benoist accepta d’emblée le vocable et, en un demi-siècle (exceptionnelle longévité !) lui donna une production intellectuelle extraordinaire : la sienne d’abord - il a publié plus d’une centaine de livres ; celle aussi d’une équipe de plus en plus large, de tous âges, venue de divers horizons, toujours d’une grande exigence intellectuelle, par exemple dans le commun souci de passer à l’examen les obsessions de la pensée dominante, de donner leurs sens précis aux mots de la philosophie politique, et de restaurer les sources les plus anciennes des traditions européennes - sans crainte d’aller en deçà du christianisme.

Il en résulta une foison de colloques, de maisons d’édition et de revues, dont les principales sont Nouvelle Ecole, Krisis et le "navire amiral" la revue Eléments dont l'audience continue à croître plusieurs décennies après sa création, en France et dans plusieurs pays étrangers. Dix ans après nos premières conversations j’ai rencontré derechef, dans sa maison de Normandie, le maître désormais octogénaire, dont la production s’accélère avec l’âge, comme si, dit sans ambages ce travailleur infatigable, il n’y avait plus une minute à perdre avant que, pour la civilisation européenne, il ne soit décidément trop tard… Nous ne nous sommes pas attardés sur le constat amer que les divers partis de droite n’ont guère tenu compte du prodigieux travail de ressourcement intellectuel qu’il leur avait offert - au point que la France comme l’Europe et finalement "l’Occident" tout entier (mot qu’Alain de Benoist louait jadis dans l’ancienne revue "Défense de l’Occident" mais qu’il met désormais en accusation), dérivent de plus en plus loin de leurs fondements. Aux matraquages de l’idéologie technicienne, progressiste et marchande, il rappelle aux esprits déboussolés et hagards qui nous entourent qu’il ne leur est pas interdit de penser...